La vague d’inspiration
Juliette L’Henaff, 2ème ex aequo, catégorie « Jeune plume »
Jules est un écrivain résidant à Paris, la magnifique ville de la tour Eiffel. Manquant d’inspiration, il avait
décidé d’entreprendre un long périple à travers les océans. Ce n’est pourtant pas ce qui manquait à la
capitale française. Les oeuvres de Victor Hugo, Charles Baudelaire et Arthur Rimbaut en sont de parfaits
exemples. Mais Jules n’est pas comme ses compères et souhaite créer une histoire qui sort de l’ordinaire,
car cette histoire ne sera autre que la sienne.
C’est alors qu’un beau matin de l’an 1892, tandis que la rencontre de l’océan avec le ciel formait une
ligne d’horizon tellement droite qu’on aurait dit qu’elle avait été tracée à l’encre d’une plume, assis à
l’avant du Zéphyr qui naviguait en pleine mer en direction de l’Amérique, Jules, occupé à observer un
point imaginaire au loin, tenait dans sa main un carnet de pages blanches et un stylo. Cela faisait bien
longtemps qu’il n’entendait plus les cris des mouettes criants les mots et des vagues pleines d’idées
s’échouer sur le sable doré de son inspiration.
– Sais-tu pourquoi on dit « jeter l’encre » ?
La voix venait de derrière. Un vieil homme se tenait debout en s’aidant de sa canne.
– Pour s’arrêter, répondit machinalement Jules.
– Non, répondit l’homme, pour s’empêcher de dériver.
Jules hocha les épaules.
– Comment t’appelles-tu mon garçon ? l’interrogea le vétéran
– Jules, répondit-il, mais mon nom n’a pas une grande importance.
– Quel magnifique nom tu portes là.
– Et vous ? Comment vous appelez-vous monsieur ?
– Mon nom ne vaut pas la peine que tu le connaisses.
« Sur ce coup-là il marque un point » se dit Jules
– Tu n’écris plus n’est-ce pas ?
Le jeune homme se retourna vivement et demanda :
– Comment le savez -vous ?
Le vieil homme eu un sourire en coin.
– Tu dois jeter l’encre. dit-il
– « L’ancre » ? répéta Jules
– Non pas l’ancre, l’encre.
Il s’avança, prit le stylo des mains de Jules et le posa sur le carnet en disant :
– Tout le monde passe par là un jour mais le véritable enjeu est de savoir surmonter cette étape.
L’encre n’est pas faite pour être gardée en captivité mais pour couler, ajouta-il.
Jules observa le vieillard d’un air interloqué.
– Ecris quelque chose. Une phrase, un mot, une lettre.
Jules resta un moment à fixer son stylo, prit une grande inspiration et écrivit :
Ce matin-là, il n’y avait personne sur le pont du Zéphir qui naviguait en direction de l’Amérique…
A ce moment-là, il entendit de nouveau les cris des mouettes criants les mots et des vagues pleines
d’idées s’échouer sur le sable doré de son inspiration. Jules voulut se retourner pour remercier le vieil
homme mais celui-ci était déjà en marche en direction de sa cabine.
Il s’écria alors :
– Hé ! Merci !
Grâce à ce vétéran, l’encre pouvait à nouveau couler et noircir les pages du carnet de Jules. Une nouvelle
histoire était en train de s’écrire et allait bientôt avoir la chance d’être lue et racontée à des milliers
d’enfants pour la lecture du soir.
Désormais le jeune homme avait vraiment compris le sens de « jeter l’encre ».
